La voix des majors
J’ai suivi avec attention les débats sur Hadopi avant que la loi soit promulguée mais à l’époque je ne m’étais pas intéressé au point de vue des majors. Je viens de finir un livre que l’on m’a récemment prêté : « Sans Contrefaçon » de Pascal Nègre, président d’Universal et représentant des producteurs.
Le livre est intéressant sur plusieurs aspects. Dans la première partie, il explique le fonctionnement d’une maison de disque et le financement d’un artiste de sa première chanson à la location du stade de France. Dans la seconde partie, il expose son point de vue sur la crise du disque.
D’accord
Je suis d’accord avec lui sur le constat : le piratage est une perte de revenus pour les maisons de disque. Or les maisons de disque restent les principaux investisseurs prenant des risques pour promouvoir de nouveaux talents. A terme, nous allons donc inéluctablement vers un appauvrissement de la création. Pascal Nègre prend l’exemple du marché Italien où, par exemple, un cd seulement sort chaque semaine ! Heureusement, la France n’en est pas là mais c’est le risque identifié.
Pas d’accord
Là où le bas blesse, c’est lorsque l’on met en parallèle les première et seconde parties du livre. Le même Pascal Nègre vous explique d’un côté qu’Universal a financé un yacht à 35 millions de francs pour Johnny (les banquiers ne voulaient pas prendre le risque) et de l’autre que la crise du disque l’empêche d’investir sur de nouveaux artistes. Pourquoi une maison de disque irait financer un caprice d’artiste ? J’imagine très bien la réaction de mon patron si je lui demandais de me financer un prêt pour l’achat d’un bateau… P.N. s’étonne de l’hostilité du grand public vis-à-vis des majors mais visiblement il ne vit pas dans le même monde que le grand public.
D’autre part, concernant Hadopi, je suis étonné de ses conclusions. Pour lui, les lois adoptées ont suffi à faire peur aux internautes et donc à contenir la chute du marché sur l’année 2010/2011. Un peu facile non… On branche 6 serveurs – Hadopi ce n’est finalement que 6 serveurs capturant « tous » les échanges internet – et l’épouvantail est suffisant pour que les français courent acheter des cd. Soyons sérieux deux minutes : il y a aujourd’hui un changement des comportements mais qui n’est pas attribuable à Hadopi. Mille moyens techniques permettent de contourner la loi, internet regorge de sites qui expliquent les parades.
Quelles solutions pour la suite ?
Pour moi, un changement de comportement est en train de se produire. Ce changement vient de plusieurs nouveautés :
1) On voit apparaître des publicités (notamment dans le métro) qui incitent à ne plus pirater. Ces affiches pointent du doigt précisément le problème : pirater c’est empêcher le financement de nouveaux artistes. La pédagogie fonctionne mieux lorsque le problème est correctement expliqué. Arrêtons le « Pirater tue les artistes » qui est complètement faux, pirater c’est tuer les nouveaux talents. Les autres ont toujours largement de quoi bien vivre.
2) Je reste convaincu qu’Hadopi ne sert à rien. On tente de combattre un tsunami avec une rame. Je pense plutôt qu’investir dans une campagne de publicité pédagogique sur internet serait plus bénéfique. Chacun peut être responsable à partir du moment où il comprend les enjeux.
3) Une solution qui fonctionne est l’abonnement autrement dit la licence globale. Moyennant une dizaine d’euros par mois, Deezer ou Spotify par exemple proposent un accès illimité aux catalogues des majors (le temps de l’abonnement). Le principe est intéressant mais il doit y avoir plus d’efforts pour intégrer le coût de ces abonnements dans des formules tout compris avec internet.
Soundcloud